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Le Chili étudie une nouvelle loi d'Éducation Sexuelle Intégrale.


Mardi 1er septembre 2020, au Chili, la Commission parlementaire sur l’éducation a approuvé la nouvelle loi d'Éducation Sexuelle Intégrale (ESI). Le texte doit désormais passer devant le Sénat.

Cette loi, proposée par la députée Camila Rojas Valderrama, vise à réduire les discriminations de genre, protéger les mineurs d’abus sexuels, assurer leurs droits à l’information et à la santé.


Les opposants au projet, catholiques et libéraux, revendiquent le droit des parents à décider de l’éducation de leurs enfants. Ils parlent également de perversion des enfants, de confusion des genres et de perte des valeurs familiales, de complot pour un nouvel ordre mondial. Pour comprendre l’actualité, il est utile de connaître quelques points clef sur l’évolution de l’éducation sexuelle au Chili.



  • Le contexte Chilien.

Ce pays d’Amérique Latine a subi la dictature du militaire Augusto Pinochet pendant 16 ans jusqu’en 1990. L’éducation sexuelle n’était pas vraiment la priorité de ce conservateur trop occupé à torturer 38 000 personnes parmi ses compatriotes.


De 1990 à 2006, un premier programme d’éducation sexuelle est mis en place : La Jornada de Sexualidad y Afectividad. Cette initiative est fortement limitée et censurée par l'Église catholique qui possède à l’époque un pouvoir important et très liée à l’Etat. En 1999 Joaquin Lavin, candidat à l’élection présidentielle et ancien ministre de l’éducation, présente “7 programmes d’éducation sexuelle”. La moitié de ses propositions peuvent être résumées par : la promotion de l’abstinence comme moyen de contraception ; ce qui est, en effet, assez limité.


De 2006 à 2010, Michelle Bachelet est la première femme élue présidente du Chili. Son gouvernement organise un “Agenda du genre” qui permettra l'implantation d’orientations pour les établissements scolaires sur le genre et la sexualité. Cependant, le Chili est un pays très néolibéral, sa constitution inclut le principe de liberté d’enseigner. Les institutions scolaires sont pensées comme des “entreprises” dans lesquelles l’Etat doit intervenir le moins possible pour respecter cette liberté. Cela explique que l’Agenda du genre de la présidente Bachelet ait uniquement aboutit à des orientations et non pas une loi. C’est une accumulation de drames, ainsi qu’une forte mobilisation de la société civile, qui ont conduit la proposition de réforme de l’ESI.



  • Les éléments déclencheurs qui poussent à la création de la loi ESI.

En 2018, le ministère de la Santé réalise que les infections au VIH ont doublé au Chili entre 2010 et 2017. C’est la plus forte hausse en Amérique latine. La tendance est à l’inverse dans les pays voisins, avec une diminution des infections en Colombie, au Salvador ou au Nicaragua. De plus, les jeunes adultes et les adolescents sont le groupe le plus à risque, l’âge moyen de contamination est de 25 ans. Les autorités estiment que le nombre réel de personnes touchées par le virus dépasse largement les chiffres officiels. Selon l’Agence Onusienne de lutte contre le VIH, en 2019, environ 74 000 personnes vivent avec le virus au Chili, parmi elles, 5 100 personnes ont été infectées dans l’année. Une éducation sexuelle préventive devient primordiale, pour apprendre aux jeunes à se protéger du VIH et des infections sexuellement transmissibles en générale.


Par ailleurs, en 2018 également, une série de scandales de cas de pédophilies éclate au sein de l’Eglise catholique chilienne. On peut citer l’affaire dirigée par le procureur général Luis Torres qui enquête sur 158 personnes, évêques, prêtres ou laïcs liés à l’église pour abus sexuels sur 178 mineurs et 88 adultes. Selon le parquet : “Dans leur grande majorité, les faits dénoncés correspondent à des agressions sexuelles commises par des curés de paroisses ou des personnes liés à des établissements scolaires”. Face à l’horreur, il apparaît nécessaire de former le personnel éducatif à reconnaître les signes de violences sexuelles chez les enfants. Mais aussi d’enseigner aux enfants, les mots pour être protégé, les comportements inacceptables, à qui parler en cas d’agression, etc.


Enfin, la lutte contre les féminicides continue. De part la disparité des cas, des lieux et des classes sociales touchées, ce combat démontre qu’il s’agit de violences structurelles systémiques. Pour agir efficacement, un changement de système, au niveau national est essentiel.


L’accumulation de ces faits légitime la demande de la société civile d’une loi pour assurer la protection des enfants, des femmes et de toute la population.



  • Le projet de loi ESI.

Cette loi a pour objectif d’établir les bases de l’éducation sexuelle et “affective” ou “émotionnelle” (afectividad), des enfants et des adolescents, dans les établissements scolaires. Elle contient huit principes directeurs, entre autres : définir l’éducation sexuelle comme un droit ; valoriser l'intérêt supérieur des enfants et des adolescents ; soutenir l’inclusion, l’égalité et lutter contre les discriminations ; permettre un développement complet, libre et sûr de la sexualité, des émotions et du genre. Cette réforme refuse de réduire l’éducation de la sexualité à une transmission d’informations biologiques basiques, accompagnés des menaces de grossesses non désirées et d’infection au VIH. L’un de ses objectifs est bien la diminution du nombre de jeunes infectés, mais cette loi vise également une meilleure connaissance des corps humains, la diminution des agressions fondées sur le sexe et l’orientation sexuelle, une protection efficace contre les violences, elle rejoint le combat contre la misogynie.


Concrètement, de la maternelle jusqu’à l’âge de 10 ans, l’accent est mit sur la prévention contre les abus sexuels pédophiles, les émotions, prendre soin de soi, connaître son corps. Puis, de 11 ans à 18 ans, on étudie la biologie et d’autres aspects socioculturels comme la prévention des grossesses non désirées, différentes méthodes contraceptives, le respect de la diversité, les différentes orientations sexuelles.


Pour la santé physique, mentale et sexuelle des enfants et adolescents chiliens, nous espérons que ce projet de réforme sera validé. “Que sea ley ! ”



Sources :


-Vidéo Youtube du Réseau des professeurs féministes (en espagnol) militantes pour la réforme https://www.youtube.com/watch?v=Ko2AAfG2YEA&t=1965s


-Vidéo Youtube de Cuide Chile opposants à la réforme (en espagnol) https://www.youtube.com/watch?v=1htmbtX2_-M


-Article sur la réforme (en espagnol) https://www.elmostrador.cl/braga/2020/09/02/proyecto-de-educacion-sexual-integral-en-afectividad-sexualidad-y-genero-desde-la-primera-infancia-sera-discutido-en-la-sala/


-Article sur la réforme (en espagnol) https://www.agenciadenoticias.org/desde-la-primera-infancia-comision-de-educacion-despacho-proyecto-de-educacion-en-sexualidad-para-ser-discutido-en-sala/


-Article sur les chiffres de la dictature chilienne (en français) https://www.rfi.fr/fr/ameriques/20110820-chili-le-bilan-humain-dictature-pinochet-revu-hausse


-Article sur l’augmentation des infections au VIH (en français) https://www.ladepeche.fr/article/2018/04/12/2778209-infection-vih-deux-fois-plus-cas-chili-depuis-2010-2010.html


-Chiffres onusiens sur le VIH au Chili (en anglais) https://www.unaids.org/en/regionscountries/countries/chile


-Article sur le scandale pédophile (en français) https://www.europe1.fr/international/chili-158-laics-et-membres-du-clerge-catholique-vises-par-une-enquete-pour-abus-sexuel-3717596

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